Alors que le film «  » a été décortiqué sous tous les angles, Afrilangues vous invite à découvrir les coulisses de l’apparition du «  » dans la saga et la part active d’un des acteurs du film dans ce choix. Nous abordons aussi la dimension affective de la langue et l’enjeu de représentation relevés par les acteurs africains du blockbuster au succès mondial.

Œil sur le xhosa

Le « xhosa » ou «  » est la deuxième langue la plus parlée d’Afrique du Sud.

Oiseau rare parmi les pays africains en matière de politique linguistique, l’Afrique du Sud comporte 10 langues sud-africaines dans ses langues officielles, dont le « isixhosa » fait parti. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une langue.

Le peuple Xhosa est reconnu pour contenir des personnages anti-apartheid
historiques tels que Nelson Mandela, Miriam Makeba « Mama Africa », ou dans une autre catégorie le jeune humoriste et star de la télévision américaine, Trevor Noah.

Une langue pas prévue au départ

En réalité, le premier Marvel à intégrer le xhosa n’est pas « Black Panther » mais plutôt « Captain America : Civil War ». Imprévu au casting, il est amené par l’interprète du roi (père) du Wakanda. Lors d’une répétition, John Kani est surpris : Pourquoi un roi africain s’exprime-t-il en anglais au cours d’une discussion intime avec son fils ? On lui demande alors ce qu’il aurait dit. L’acteur traduit « Tu me manques mon fils, je ne t’avais pas vu depuis très longtemps » par « Unqabile nyana, ndikugqibele kudala » en xhosa, sa langue maternelle. Le cast est étonné lorsque Chadwick Boseman, qui a déjà fait un séjour en Afrique du Sud, répond avec justesse: « Ndiyaxolisa baba. »

C’est ainsi que John Kani, sans savoir qu’il serait épaulé par son fils de tournage, intègre le xhosa dans la super production hollywoodienne. Très connu pour sa longue carrière d’acteur aussi bien en Afrique du Sud, qu’aux Etats-Unis, (Sarafina, Une saison sombre et sèche, End Game, The Suit,…), il  permet ainsi au film d’être cohérent dans son implantation africaine en intégrant une langue endogène.

Le xhosa, une langue « difficile » ?

Sur le tournage, les acteurs se sont dits très motivés par le fait d’avoir le plus de phrases possibles dans cette langue. Ce qui n’a pas empêché la difficulté de leur apprentissage selon Lupita Nyong’o. L’actrice d’origine kényane qui maîtrise le luo, le swahili et l’espagnol qualifie le « xhosa » de l’une des langues « les plus difficiles du monde ».

Marvel Studios’ BLACK PANTHER..L to R: Director Ryan Coogler on set with Chadwick Boseman (Black Panther/T’Challa) ..Ph: Matt Kennedy..©Marvel Studios 2018

Pourquoi ? Depuis le début de votre lecture, vous prononcez sûrement mal, sans le savoir, le mot xhosa lui-même. La syllabe « xh » du terme xhosa est un clic, une caractéristique que l’on retrouve dans plusieurs langues d’Afrique du Sud et au-delà.  Ce son, qui s’effectue de trois manières différentes avec la langue ou les lèvres, peut s’avérer difficile à maîtriser. D’autres langues à clics sont par exemple le zoulou ou le sotho. A l’écrit, on distingue ces sons par les lettres « c », « q » ou « xh ». Pour l’actrice d’origine zimbabwéenne, Danai Gurira (Okoye), c’est cette originalité qui lui donne sa beauté. 

Mais les stars américaines ont pu compter sur non pas un, mais deux natifs xhosa pour les aider dans leur pratique. Sur le tournage, on retrouve aussi Atwanda Kani, fils de  John Kani, acteur lui aussi. Les deux hommes ont ainsi pu guider et corriger leurs homologues dans la maîtrise de leur langue et de leurs dialogues.

Les langues africaines, encore trop peu représentées

Apprendre et parler cette langue africaine étaient très important pour toute la troupe. Au-delà de la musique d’inspiration sénégalaise et sud-africaine du film, qui a fait remporter le Grammy 2019 de la meilleure bande originale d’un film à Baaba Maal, la présence d’une langue africaine était un enjeu de représentation fondamental.


« Très souvent, nous regardons des films américains avec des sous-titres en russe, allemand ou en français, mais il est rare que l’on y demande aux gens d’écouter une langue africaine et de lire les sous-titres. C’est la même chose. Le fait que ce film marche et touche est une preuve que nos langues touchent autant que n’importe quelles autres. » déclare Lupita Nyongo.

PS : En réalité, et ça reste notre secret, si le film avait suivi scrupuleusement la bande dessinée, c’est le Hausa, langue du Nigéria, qui aurait été mis à l’honneur.